Élection présidentielle, à gauche qui trahit qui ?

En annonçant soutenir et voter Emmanuel Macron, Manuel Valls manque à son engagement pris lors de la primaire de la gauche. Ce n'est pas acceptable. La crédibilité des élus tient aussi au respect de sa propre parole.
Mais la victoire de Benoît Hamon à la primaire ne le dispensait pas de rassembler d'abord les siens, au sein du Parti socialiste. Au lieu de cela, il a choisi de consacrer plusieurs semaines à négocier avec EELV et Jean-Luc Mélenchon. Résultat Mélenchon ne se retire pas mais les Verts gauchissent un peu plus son programme.
Le choix de Benoît Hamon de rechercher des alliances le mettant en dehors de toute possibilité d'assumer la responsabilité gouvernementale, d'assumer le pouvoir justifie de ne pas le soutenir.
En réaction à la déclaration de Manuel Valls, ses soutiens se sont immédiatement lancés dans les invectives et les insultes.
Mais quelle est la légitimité des frondeurs pour exiger une loyauté dont ils n'ont eux-mêmes pas fait preuve ces dernières années ? Opposants au président de la République dont ils se sont réclamés en se faisant élire en 2012, ils n'ont pas hésité à déposer une motion de censure contre le gouvernement de leur propre majorité.
 
Au lieu de lancer des insultes, Benoît Hamon et ses soutiens feraient mieux de s'interroger sur les raisons de l'effondrement de sa candidature dans les sondages passant de 18% à 10%. Ce n'est pas la faute de Manuel Valls, ni celle de Jean-Yves Le Drian ou de tout autre socialiste qui se prononce pour Emmanuel Macron.
 
La chute s'est produite avant ces annonces. Elle est le résultat de la fuite de millions d'électeurs du Parti socialiste qui ne sont pas convaincus, au contraire, par le programme de Benoit Hamon.
 
La première responsabilité en revient certainement à François Hollande et à la politique qu'il a menée pendant le quinquennat avec, en autres, le matraquage fiscal et l'échec de la lutte contre le chômage. Manuel Valls ne peut pas s'exonérer de cette politique.
Les frondeurs ont aussi leur part de responsabilité en ayant créé de fortes perturbations, c'est le moins que l'on puisse dire, sans pour autant ouvrir de perspective. Ils n'ont fait qu'affaiblir la majorité dont ils étaient.
 
Benoît Hamon, dont le courant au sein du PS ne représente que 20% des adhérents, devenu candidat du PS, n'a pas su présenter un programme rassembleur et crédible. Un grand nombre d'électeurs de gauche comprennent très bien que ses propositions se traduiront par des dizaines de milliards de dépenses nouvelles et donc par une nouvelle vague d'impôts et vraisemblablement un nouveau coup de frein à la croissance économique et donc à l'emploi.
 
Le Parti socialiste, pendant ces cinq années, a de son côté théorisé son impuissance accompagnant aveuglement F. Hollande sans faire entendre les interrogations et les critiques contre la politique du président qui remontaient du pays. Le PS a renoncé à peser sur la politique gouvernementale. Il a également été incapable de proposer une orientation politique qui aurait pu inspirer et unifier les candidats de la primaire. Il a enfin été incapable d'infléchir le programme du candidat Hamon.
Au sein du PS, les alliances qui se forment pour soutenir Hamon ne visent pas à porter le candidat, à faire campagne pour gagner ou au moins à faire le meilleur résultat. Elles ont pour objet de verrouiller la place pour, après la présidentielle, se répartir les investitures.
Le PS n'est plus aujourd'hui que le distributeur d'investitures aux élections réparties entre les coteries aux mains d'apparatchiks qui constituent une nouvelle caste. Le même phénomène touche aussi la droite.
 
Il ne reste que des électeurs, des citoyens désemparés voire écœurés ayant perdu toute confiance dans les partis e t les responsables politiques. A droite comme à gauche, on est réduit à en appeler à la mobilisation contre le FN et Marine Le Pen dont certains pensent qu'elle pourrait l'emporter. Mais la faute à qui? Qui depuis des années est incapable d'apporter une réponse au chômage, au blocage des revenus pour une grande partie de la population, au creusement croissant des inégalités, au sentiment de perte d'identité ?
 
Au final, il appartient à chaque électeur de prendre ses responsabilités, d'assumer son devoir. Plus facile à écrire qu'à faire.

A propos Wilfrid Vincent

Président du Groupe La Gauche à Montrouge Ancien Conseiller municipal de Montrouge Ancien Conseiller communautaire de la Communauté Châtillon-Montrouge Ancien Conseiller général de Montrouge
Ce contenu a été publié dans Actualités, Elections 2017. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.